Chaque année, les correspondances vocales d’Éclats de Voix, où des chœurs amateurs venus de toute la région se rencontrent et se succèdent dans divers lieux de Gascogne, connaissent un réel succès public. Si l’an dernier, le village de La Romieu, avait résonné de chants divers tout au long d’une journée, la rencontre se faisait pérégrine cette année entre Ordan-Larroque, Vic-Fezensac et Caillavet, pour se poursuivre à Auch. On peut parler de fidélité et même d’engouement, car chacune des étapes fut bien suivie et l’on a même vu quelques auditeurs présents tout au long de la journée, jusqu’au soir à la Maison de Gascogne. On notait même la présence des jeunes chanteurs de l’Escolania de Montserrat, pour une fois spectateurs, qui étaient venus écouter leurs collègues.
En tant que directeur de l’ARPA, Jean-Louis Comoretto faisait le maître de cérémonie, mais la parole était naturellement à la musique.
Ce fut surtout l’occasion d’entendre le chœur Saltarello formé d’enfants et adolescents de l’école de musique intercommunale de Narbonne dans un programme original de chants de marins. Leur professeur et chef de chœur Agnès Simonet expliquait la démarche qui avait essayé de sortir du répertoire classique traditionnel pour s’intéresser à la musique populaire. Ils ont donc choisi une dizaine de chants de marins, accompagnés par deux accordéons diatoniques et une guitare, des instruments que l’on trouvait fréquemment sur les bateaux à l’époque de la marine à voile.
S’agissant de chants de travail qui rythmaient les manœuvres comme la dure vie à bord, ils ont conservé l’intégralité des textes pour le sens et le rythme. Ces chants simples adoptent souvent le premier degré, mais ils induisent parfois un double sens.
La tragédie maritime
Loin de la chansonnette, leur fonction est de donner du cœur à l’ouvrage, mais ils adoptent fréquemment le ton de la complainte ou d’une douloureuse mélopée pour décrire une réalité tragique. Dans l’un d’eux, un marin promet que s’il se marie et qu’il a des enfants, il préférera leur casser un membre avant qu’ils ne soient grand pour leur éviter de devenir marin…
Les chants populaires décrivent une réalité dont le lyrique se nourrit pour la transposer par la suite. On pense à l’ouvrage de Darius Milhaud Pauvre Matelot sur un texte de Jean Cocteau et plus près de nous sur un fond maritime, Marius et Fanny de Vladimir Cosma d’après la célèbre pièce de Marcel Pagnol.
Avec Trois marins de Groix, Le Voyage à Maurice ou le très beau Pique la baleine à trois chœurs, la plupart de ces chants proviennent de la côte atlantique, de la Manche et la Mer du Nord, des régions traditionnelles de recrutement des marins, qui fuyaient la misère des terres. Un seul vient du sud, s’agissant de la belle complainte Lou Galerian en occitan. Rappelons que jusqu’au XVIIIe siècle, les galères royales basées à Marseille et Toulon s’efforçaient de marquer une présence occidentale en Méditerranée, face aux barbaresques. Au XIXe siècle, ces galères sont devenues le terrible bagne de Toulon, ou la sinistre forteresse du château d’If, qui ont nourri la littérature avec des évadés célèbres du nom de Jean Valjean ou Edmond Dantès…
Ces belles voix juvéniles gagneraient toutefois en une meilleure articulation.
Après ce beau travail, la soirée s’est poursuivie en improvisations dansées et chantées pour finir en un joyeux bœuf où tout le public chantait sous la direction de François Terrieux, qui façonnait le son de la Maison de Gascogne.
Une agréable soirée de partage, ouverte à tous, qui permet d’envisager autrement le rituel du concert.
Belmonte


















