EVASION

REVUE DE PRESSE
NOUVELLE CREATION 2005

A FRANCOFANS – AOUT/SEPTEMBRE 2005 / N°15
ARTICLE REALISE PAR JEROME FABRE
« SOMEONE »

Evasion : L’universel à portée de voix.
Ensemble vocal uni par des valeurs communes, ce groupe à la longévité exceptionnelle poursuit un combat. En accordant une touche théâtrale à leur création, elles en orientent davantage le sens.
Toutes, à une exception près, Gwenaëlle étant d'origine bretonne, vous êtes issues de cultures où l'expression féminine est souvent occultée. Est -ce que vous vous exprimez pour toutes ces femmes silencieuses ?


Oui... oui, je crois que l'on parle aussi, au nom des femmes qui sont dans l'ombre et plus largement au nom de l'être humain. Nous ne servons pas exclusivement la cause des femmes. On défend surtout la place de l'humain dans ce monde, et le fait d'essayer de vivre ensemble.

Le parti pris de votre dernier spectacle vous plonge dans l'obscurité de la scène, laisse apparaître des robes neutres, voir sombres. Est-ce Jean-Louis Hourdin (metteur en scène) qui vous l'a proposé, ou un choix consensuel ? Et quel en est le sens ?

En fait, c'est une continuité dans la carrière d'Évasion, car nous avons toujours souhaité chanter neutres sur scène, toujours plutôt sombres. Nous mettons surtout l'accent sur le sens des textes, la musique, plus que sur le côté superficiel. Le spectacle est basé sur les personnalités des individus avant d'être sur le côté artificiel du costume qui rend les choses belles ou luxueuses. .. c'est un parti pris assumé !


La référence est brechtienne ?

Brecht fait partie de notre univers, tout comme des auteurs comme Luis Illach. Nous le chantons depuis une dizaine d'années. Nous sommes fidèles à ce genre-là. S'il fallait nous situer dans une mouvance, dans les années 68, nous aurions été appelées « nanars ».


Quel a été l'impact de Hourdin sur la scénographie, voire même la chorégraphie ? Il est intervenu dans une formation qui existe depuis longtemps ? Quelle a été la nature de votre travail avec lui ?

C'est une personne super sensible, nous sommes dans le même courant, c'est un défenseur des mots. Il aime les gens, la beauté des êtres qui sont sur le plateau. Quelqu'un qui n'a envie de rien, en fait il n'a pas spécialement donné de conduite sur ce spectacle-là ou sur le précédent. Il nous a surtout mis en communion entre nous, beaucoup parlé du collectif, nous a appris que 1 faisait 6, et que l'inverse fonctionnait également, que nous étions un ensemble: quand une prenait la parole, c'était au nom de toutes. Il nous amis dans cette bulle du collectif, et je crois que c'est cela qui réussit, car après, la mise en scène est tellement sobre ! Au final, ça coule de source.


C'était la première fois que vous théâtralisiez à ce point, le chant et la musique d'Évasion ?

Nous sommes certaines qu'il fallait prendre ce virage, beaucoup de textes parlés, par exemple. On se retrouve dans un exercice de théâtre, nous avons pris la tangente d'une représentation musicale on va dire...


De quel(s) groupe(s), artiste(s) vous sentez-vous proche ?

Michèle Bernard, par exemple, car son spectacle nous touche. Angélique Ionatos est un autre exemple de personne. Tout est basé sur l'artiste en lui-même, sur ce qu'il raconte grâce au poids des mots, sur la poésie de l'écriture et sur la musicalité. Dans les groupes on apprécie aussi Gérard Morel, il faut dire que nous le connaissons bien, nous faisons partie de la même maison (N.D.L.R.: VOCAL 26). Et puis Souad Massi, -M-…
Nous sommes touchées par ces artistes car ils sont au plus près d'eux-mêmes, il n'y a finalement pas d'artifices.


Vos cultures et origines différentes vous ont-elles toujours rapprochées ? Ou celles-ci ont-elles été parfois à l’origine de désaccords, divergences à propos de l'actualité ?

Et bien (hésitation) c'est arrivé... mais en règle générale, cela nous a beaucoup rapprochées car nous avons un passé commun. En fait, nos parents ont été déracinés : ils sont partis de leur pays d'origine pour venir en France afin de trouver une terre d'accueil mais aussi un travail. Économiquement, cela a sauvé nos familles.

Là-dessus, nous sommes le fruit de cette démarche et il y a le même respect pour la France et donc entre nous car nous avons ce sentiment commun de ne pas être française-française mais nous devons quelque chose à ce pays-Ià. ..Sinon, pour parler de l'actualité sur le conflit israélo-palestinien nous n'avons pas toujours été d'accord mais ça fait partie de la richesse du groupe, puisqu'on peut en parler.


De toute façon jamais la scène n'a été une tribune directe ?

Non (catégorique), puisque Évasion ce sont nos différences. Nous n'avons pas la prétention de refaire le monde. On trouve cela parfois trop compliqué. Déjà à notre niveau on se respecte et on vit ensemble, c'est un peu notre symbolique, c'est la force du groupe qui se dégage. La scène, c'est vraiment le plaisir de chanter et de partager avec le public.


Le livret de votre dernier album est richement illustré. Le texte est agrémenté des photos de tous les musiciens qui ont participé au disque. En le parcourant, on se rend compte de la multitude des accompagnateurs. Leur pré sence est une histoire de rencontres, ou bien de choix artistiques afin d'affirmer votre éclectisme en mariant les différentes interprétations ?

Ce sont des rencontres, purement des rencontres. Serge Besset (pianiste) par exemple qui connaissait Alain Territo pour les parties de contrebasse et de violoncelle. Issam Jammal, c’est une connaissance de longue date, d'une quinzaine d'années, qui avait envie de nous écrire une chanson, que l'on retrouve dans l’album : Hana. Nous fonctionnons beaucoup comme ça, et en plus nous avons le souci de faire participer les artistes du coin, et pas forcément d’aller chercher des pointures pour souligner une participation prestigieuse sur nos disques.


Quel est le lieu, le pays où vous vous êtes produites, où une chose intense s'est produite ? Et à partir de ça, en êtes-vous revenues différentes ?

Nous avons participé à un festival à El Jem (50 km de Sousse dans le sud est) en Tunisie. C’était dans un amphithéâtre, le plus vieux du Maghreb, un des plus beaux, même au monde, il vient juste derrière celui de Rome. Un moment magique grâce au peuple, à ces personnes qui n'ont pas grand-chose si ce n'est un coeur énorme ! C’était magique ! Pour ma part, je suis revenue différente. Et puis au Maroc à Taroudant, lors de la première édition d'un festival via une action culturelle qui était organisée, on aime bien participer à ce genre de trucs. Là, il fallait mettre en émulation tout le monde sur un projet qui mêlait des Tunisiens, Italiens, Marocains et des Français, un travail universel sur la voix intergénérationnelle. Magnifique, ce brassage culturel grâce à la pratique du chant! C’était extrêmement intéressant, et pour une première, c’était franchement réussi !



CHORUS 54 – HIVER 2005 – LE CHANTS DES ARTISANS - ÉVASION

L’épure d’un travail exemplaire

De l’atelier chant d’une structure de quartier est né Évasion, groupe vocal dont le répertoire, riche de plus de vingt langues, célèbre la contestation. Vingt ans après, à l’aube de la sortie de leur cinquième album, elles font, en français dans le texte, nouvelle et superbe création.

Retrouvailles à Romans : en ce week-end d’octobre, Évasion se produit par deux fois au Théâtre Jean-Vilar.

Le groupe y présente son nouveau spectacle, travaillé un an auparavant dans le même lieu, créé ensuite au Train-Théâtre de Portes-lès -Valence et présenté, avec grand succès, au off d’Avignon. Dès le lendemain, les six jeunes femmes s’enfermeront, comme en conclave, dans un studio de Valence pour y enregistrer leur cinquième album, Femmes de plein vent, à paraître en début 2006.

Le public est composé pour partie d’amis, de parents, de connaissances. Car Évasion est né ici, il y a vingt ans, d’un atelier chant de la MJC du quartier de la Monnaie. Anniversaire ? Oui, double même : ça fait dix ans que les filles sont devenues professionnelles. Tout ça ferait, ce soir-là, beaucoup de motifs de satisfaction, s’il n’y avait pas cette mauvaise nouvelle qu’on vient, à l’instant, de leur porter : la disparition annoncée de la MJC qui a vu naître Évasion, pour cause d’économie d’échelle, comme on dit maintenant. L’autre MJC de la ville l’absorbera. C’est comme si on annonçait la fermeture de la maternité. Économie d’échelle… sociale : on ne tentera plus de s’y hisser…

1986 : d’un groupe de trente adolescents fédérés par un atelier chant, six toutes jeunes filles, plus motivées encore, restent et forment Évasion. Elles ont entre dix et quinze ans : Nathalie et Anne-Marie Ferreira, Laurence Giorgi, Sabrina Esseid (à qui sa soeur Soraya succèdera bien plus tard), Habla Troudi et Gwenaëlle Baudin. Leurs origines ? Portugal, Italie, Algérie, Bretagne même… Rapidement, le sextet se taille une belle réputation locale, sur la Drôme et en Ardèche, dans une sorte de petit réseau rural. Si on tourne durant l’été, toutes les autres vacances sont mises à profits d’intensives répétitions. Car, dès le début, le groupe appelle des professionnels à son chevet, tous du lieu, tels le pianiste et compositeur Serge Besset et le metteur en scène Pascal Papini.

Le bicentenaire est proche : pour le célébrer à sa manière, Évasion monte un spectacle axé sur les chants de révolte et de contestation du bassin méditerranéen : ah, ça ira !


Tumulte médiatique

De fait, ça va, de mieux en mieux même. Car Évasion est à l’époque la fierté revendiquée des travailleurs sociaux, des politiques aussi. Comme un justificatif de travail : car c’est un bien bel exemple d’intégration que voilà, la plupart de ces filles étant originaires de l’immigration. Elles, qui non seulement donnent de la voix, se parent de toutes celles du monde sans aucunement taire la leur. Exemplaire, ça : « Coco, tu mets ça en boîte, ça fait un bon sujet en prime time ! ». Micros et caméras se pressent autour du phénomène : le 13 h de TF1, le 20 h de France2, RTL comme Arte, France3 et France-Inter dans toutes leurs déclinaisons, Ruquier comme Chancel, Bernard Stéphane comme Pascal Sevran… Quand les quartiers cessent de brûler, on parle d’Évasion. Belle équité, bonne conscience.

Leur premier album, Vous et nous [cf Chorus 8, p. 52], sort en 1993. Indépendamment de ses réelles qualités, il devient une carte de visite fédérale des MJC dont l’action en milieu urbain manque quelque peu de lisibilité.

Car on ne parle pas d’Évasion à la rubrique culturelle, non. Uniquement comme phénomène social, discrimination positive de médias en mal de sujets. « Nous étions l’expérience socioculturelle » se souvient Gwenaëlle ; « Si les gamins du quartier s’en sortent c’est grâce à la MJC : voyez Évasion ! » entend encore Anne-Marie : « A un moment c’était chiant. On ne renie pas le fait qu’on vienne d’une zone sensible, une ZEP. Mais quand, pendant dix ans, on ne te parle que de social… tu dis stop ! ». Reste que « Tout ce qu’on a fait et tout ce qu’on fera, c’est parce qu’il y a eu cette histoire-là » conclue Habla.

Les filles d’Évasion n’ont jamais eu que le rêve, modeste, d’être traitées pour ce qu’elles sont vraiment : des chanteuses. Hélas, dans ce pays, quand on colle une étiquette, c’est à la glu.


Rêve d’Olympia

Hors Romans, dont le groupe est autant figure de proue que ne l’est la chaussure de luxe, le destin d’Évasion s’inscrit dans deux autres villes : Bourges et Avignon. Souvenir de Bourges : Le directeur de l’Olympia nous voit sur la scène ouverte. C’était en extérieur ; il tombait des cordes. On ne savait pas qui était Jean-Michel Boris, nous. A la fin, il vient derrière la scène, sous un parapluie, et nous dit « Je vous offre l’Olympia, un après-midi ». On s’est tellement toujours moqué de nous, parce qu’on vient d’un quartier, parce qu’on fait des polyphonies traditionnelles et pas du rap, que, sur le coup, on ne l’a pas cru. Il a fallu qu’il s’énerve… ». Évasion passe à l’Olympia en octobre 1996.

C’est à cette époque que change le regard des parents à l’adresse de leurs filles. Elles sont devenues professionnelles et touchent leurs premières paies, elles font l’Olympia, elles chantent régulièrement à Romans avec un succès jamais démenti…

Car, au grand dam de parents soucieux plus que d’autres du devenir de leurs filles, car d’origine étrangère, elles ont toutes dû écourter leurs études. Gwenaëlle : « J’étais en première année de Fac, à Lyon. On faisait des soirées au Printemps de Bourges avec Higelin et, le lendemain matin, je me levais à six heures pour me rendre au campus de Bron. Cette année-là, je suis tombée deux fois dans les pommes, dans le métro. C’était dément de mener en parallèle les études et Évasion. Au moment des Francofolies, je venais d’avoir le BAC : c’est là où le choix s’est imposé à nous ». Nathalie et Gwenaëlle iront jusqu’au DEUG ; toutes, peu ou prou, poursuivront par la suite des formations.

De Bourges mais aussi de La Rochelle découleront de grandes tournées : Ile de La Réunion, Ile de Malte, Québec, Allemagne, Portugal… En ces deux derniers pays, nos filles laisseront chaque fois un souvenir discographique, compilations adaptées au marché local, possibles collectors.


Le choc des mots, le poids du français

Les créations se succèdent, les disques aussi : Au fil des voix en 1996, Peuples amants [cf Chorus 28, p. 39] en 1999. Évasion chante la protestation et la révolte en plus de vingt langues. Peu à peu, le français s‘insinue. Anne-Marie : « Ça a été un gros travail que de l’aborder. Ce fut à l’arrivée de Jean-Louis Hourdin à la mise en scène, il y a six ans. Nous avions alors la maturité, la prise de conscience et la liberté. De la bouteille aussi. C’est à ce moment -là que le français nous a paru presque plus évident ». C’est un choc. Même les fans de la première heure s’étonnent alors de découvrir un groupe… aux textes engagés ! Comme s’ils ne l’étaient pas auparavant… « En français, ça a d’autant plus de poids » en rit Anne-Marie.

Les jeunes filles sont devenues femmes et, pour cinq d’entre elles, mères. Si elles ont toujours le poing levé, c’est avec plus de conviction qu’auparavant : la maturité et le bouleversement du paysage socio-économique sont passés par là. La réalité du métier est différente aussi : elles ont beau n’avoir qu’entre trente et trentecinq ans, elles ne sont pas configurées « scène actuelle » et on les dit déjà vieilles. Par bonheur autant que par sagesse, elles se font régulièrement le off d’Avignon où d’autres organisateurs les découvrent encore, leur ouvrant cette fois-ci les portes des salles… de théâtre, élargissant du même coup leur public.

Leur création 2005 confine à l’épure, allant, même avec humour, même avec dérision, droit à l’essentiel. Si, par leur précédente création, Étranges étrangers [cf Chorus N°41, p.28], elles fustigeaient l’homme (« Je crois en l’homme, cette ordure / Je crois en l’homme, ce fumier »), elles font cette fois-ci l’inventaire de ses dégâts sociaux. C’est d’autant plus marquant que c’est direct et en v.f. dans le texte : « C’est le travail de Jean-Louis Hourdin qui veut que, quand on monte sur scène, les choses soient dites le plus naturellement possible ».

L’argument du metteur en scène est clair : « Ce n’est pas sur votre qualité de chanteuse qu’on vous attend ; il ne faut pas que la mélodie devienne quelque chose de joli ni que le sens du texte soit noyé dans la musique ». Si le début du spectacle nous ramène à Évasion d’antan, des chants traditionnels dans un florilège de langues, l’étau se resserre vite pour entrer dans le vif du sujet, dans ce que veulent nous entretenir les chanteuses.

Reste qu’Évasion ne changera pas du tout au tout : « On a envie de raconter des choses, concrètes, qui aient du sens pour le spectateur, mais nous, de l’intérieur, on aime bien les sonorités étrangères, y’à rien à faire ».

Michel KEMPER



LE DAUPHINE LIBERE – LE GRAND VALENCE 13/01/05
EVASION PREND SES QUARTIERS D’HIVER

Décors et costumes épurés, violence et beauté des textes transcendés par un jeu scénique en retenue, la nouvelle création d’Evasion, fruit d’une résidence au Train théâtre de Portes lès Valence et présentée au public à partir de demain est d’une évidence bouleversante.

La voix elles l’ont, la grâce également. L’expérience scénique, l’ont acquise en plus de quinze ans d’existence et quelques huit cents concerts. Que restait-il à dire, alors, aux six chanteuses d’Evasion qui portent depuis fort longtemps des textes écrits en tant de langues étrangères ? Nous parler de ces « étranges étrangers », c’est ce qu’elles font sur leur dernier album portant le même nom.

Et que leur restait-il à faire ? Monter sur scène, de toute évidence, pour faire résonner des leurs voix des textes écrits souvent pour celles et ceux n’ayant pas le droit de faire entendre la leur.

Femmes opprimées, pauvres, fous et étrangers... Monter sur scène, certes, mais cette fois pour s’effacer derrières les textes, et laisser éclater les émotions qu’ils feraient naître.

La nouvelle création porte les traces de cette maturité. Pas étonnant, dès lors, de se laisser surprendre par quelques textes dits et non chantés, d’apercevoir les empreintes d’une légèreté et d’une liberté de jeu lorsque le propos s’y prête. Et d’entendre ça et là un chant solo où la personnalité de chacune des chanteuses donne une force d’émotion impressionnante.

Le répertoire avait été travaillé en amont ce cette résidence au Train Théâtre. Et pour cause, le corps du spectacle est composé de chansons inédites, tantôt issues de « chants du monde » et tantôt composées à partir des textes d’auteurs français : Bernard Dimey et Louis Needermeyer pour ne citer qu’eux. A la baguette musicale, Serge Besset officie comme à l’accoutumée mais pour la première fois, les chanteuses et l’accordéoniste Jean Marc Michel ont également contribué aux compositions et aux arrangements. Cette création marque également le pas, celui d’une danse dont les mouvements ne se contentent plus d’être esquissés. Certains morceaux s’accompagnent désormais de chorégraphies que Murielle Datola aura aidé à dessiner. Les percussions s’invitent aussi par moments, bendir ou darbouka, entre les mains des chanteuses.

La mise en scène quant à elle est signée jean Louis Hourdin, homme de théâtre renommé qui collabore depuis longtemps avec Evasion. Mais si le dernier spectacle sur lequel il avait travaillé esquissait quelques orientations scéniques du groupe, le nouveau né est un aboutissement indéniable, et porte les fruits de cette envie partagée par toutes d’aller plus loin sur scène.

Apprendre à dire un texte sans aucune note de musique si ce n’est celles que celui-ci porte en son sein, donner du sens aux mots par un seul jeu de regard, faire des mouvements qu’ils racontent une histoire, voilà l’inestimable valeur que le metteur en scène aura ajouté aux qualités vocales que ces femmes ont pour elles.

Dès lors, c’est un spectacle d’une beauté saisissante, parce que fait de simplicité, qui s’offre au spectateur. Un spectacle dans lequel chaque texte, chaque chant, n’est pas là par hasard, et dont l’autre aurait pu dire : « chanter pour des idées, l’idée est excellente ». Et si certains montent sur scène pour exister, force est de constater que ces femmes-là chantent pour qu’existent les autres.

Pierre Dodet



LE JOURNAL DES SPECTACLES 09/03/05
EVASION CHANTS DU MONDE

Il y a d’abord leur beauté simple et évidente et leur sourire éclatant, comme pour ne laisser aucun doute sur leur formidable joie de vivre et leur envie de faire partager, le temps d’un concert, une chaleureuse vision du monde. Evasion c’est le nom que se sont choisi ces six jeunes femmes qui se sont découvertes une passion commune pour la chanson, dans une MJC de leur bonne ville de Romans, au temps de l’adolescence. Et si elles ont constitué leur groupe, c’est bien pour faire partager cette passion, mais également un certain nombre de convictions, elles qui s’affichent « citoyennes du monde » . Ce n’est évidemment pas un hasard si leur répertoire est absolument international et pluriculturel et si elles l’interprètent, autant que possible, dans les langues d’origine des morceaux.

A la croisée des thèmes poétiques et des rythmes musicaux

Leur concert nous ballade ainsi aux quatre coins de la planète, passant de la chanson d’amour au cri de détresse, de la ritournelle à l’appel à la révolte, mais bannissant toujours la violence et la haine, parce que ce message-là, elles le laissent bien volontiers aux hommes. Une bien belle évasion qui nous conduit d’Albanie à Madagascar, d’Haïti en Russie ou de Cuba à la Réunion, qui croise les thèmes poétiques et les rythmes musicaux. Année après année, Evasion perfectionne la précision et l’harmonie de son travail vocal, s’appuyant sur une mise en scène sobre et juste. La force de ce groupe c’est qu’il s’agit réellement d’un groupe dont les fortes personnalités se complètent harmonieusement et non pas d’un collectif plus ou moins artificiellement au service d’un leader, comme c’est bien souvent le cas. S’il lui manque encore parfois un peu de force, la générosité et la sincérité sont là pour compenser largement. Difficile de ne pas se laisser entrainer.

Un spectacle fédérateur

Ce n’est sans doute pas un hasard si Evasion avait choisi de faire coïncider son unique concert parisien avec la journée de la femme. Pour autant, c’est sans trop se soucier des coteries du show - business qu’Evasion sillonne la France. Leur spectacle, il est vrai, a tout pour faire le bonheur des programmateurs. Manifestement adaptable à la taille des salles, accessible à toutes les sensibilités artistiques, il est surtout idéal pour fédérer tous les publics, non pas autour d’un propos pseudo angéliste, mais à l’appui d’une vision offensive d’une indispensable solidarité mondialiste.

Stéphane Bugat