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La voix dans tous ses éclats !

Compte-rendu du festival
par Belmonte

15 juin - Dame Felicity Lott & Isabelle Moretti

Vendredi 15 juin - Théâtre d'Auch

L’élégance et la grâce !

Plus qu’un événement, ce récital intimiste donné par la marraine de ce 15e festival avec la harpiste Isabelle Moretti fut un cadeau pour les amoureux du chant.

Pas étonnant de retrouver cette grande artiste britannique sur une scène française, puisque c’est en France, lors d’un stage d’un an à Grenoble, qu’elle a découvert le chant et pris ses premières leçons, avant de débuter une belle carrière, faite autant d’intelligence que de plaisir. Elle fut et demeure une des grandes ambassadrices de la mélodie française qu’elle interprète avec une finesse et une précision sans pareilles. D’ailleurs, anniversaire oblige, l’un de ses grands cycles de mélodies de Debussy vient d’être réédité au disque. Et sur scène, l’on n’est pas prêt d’oublier ses formidables prestations en Hélène de Troie et en Grande Duchesse de Gérolstein de l’impayable Offenbach, dans les productions mythiques et jubilatoire de Marc Minkowski et ses Musiciens du Louvre, mis en scène par Laurent Pelly.

Pour ce récital, la diva s’est adjoint la complicité de l’excellente et superbe harpiste Isabelle Moretti. Un régal tant pour les yeux que les oreilles ! L’atmosphère, et surtout l’instrument, rappelle l’intimité du pavillon de Marie-Antoinette ou plutôt celle plus feutrée encore des salons parisiens du début du XXe siècle. Par l’insouciante élégance du répertoire choisi, on se croirait plus chez la princesse de Polignac que chez Madame Verdurin !

De l’aube du romantisme avec l’inusable romance de Jean-Paul Egide Martini « Plaisir d’amour » et de charmantes canzonetta de Rossini extraites de ses « Serate musicali », on parcourt ce XIXe siècle raffiné, passant par une ariette de Donizetti, ce phare du bel canto, jusqu’aux subtiles mélodies de Gabriel Fauré « Mandoline » et « Clair de lune ». La harpe d’Isabelle Moretti répond avec douceur aux phrases de la soprano anglaise jusqu’à un succulent « Clair de lune » en solo extrait de la « Suite Bergamasque » de Debussy.

Une leçon de chant inoubliable

Bien qu’elle avoue que le trac ne l’a jamais quittée et appréciant la proximité du public dans ce théâtre qu’elle trouve charmant, la grande dame qui présente elle-même les pièces interprétées, ne se départit jamais d’un humour so british, fait de détachement et d’élégance. On ne peut s’empêcher de penser à la haute stature de Sir Thomas Beecham, un grand francophile à l’humour ravageur, dont la baguette (et la fortune avec les nombreux orchestres qu’il créa) servit si bien la musique française.

Ce chant naturel paraît si simple au bout de tant d’années de travail, mais surtout quelle magnifique leçon de chant ! Elle nous démontre avec une étonnante maestria qu’il n’est pas nécessaire de chanter fort pour être compréhensible avec une diction parfaite et d’éblouissants sons filés en fin de phrases. Non seulement une telle maîtrise force l’admiration, mais elle nous émeut au plus haut point. C’est un réel privilège d’assister à un tel moment et l’on peine à croire que les professeurs de chant à cent kilomètres à la ronde ne se soient pas précipités avec leurs élèves…

Après une étonnante « Fantaisie sur le Faust de Gounod » où Isabelle Moretti déploie une palette infinie de couleurs et de nuances, donnant toute la mesure de son impressionnant instrument à sept pédales, le répertoire se fait plus léger entre poèmes en musique et chansons dont les auteurs ne sont autres que Victor Hugo ou Sacha Guitry et les compositeurs André Messager ou Reynaldo Hahn. « Parlez-moi d’amour » de Jean Lenoir prend une couleur inhabituelle. Messager nous parle de l’amour, oiseau rebelle d’une façon plus intimiste de Bizet et son « J’ai deux amants » est totalement savoureux. À la suite de La Périchole, la dame sourit en s’exclamant : « Mon Dieu que c’est bête un homme, alors vous pensez, deux… » On rougit encore de plaisir avec le doux Lysandre de « Ça fait peur aux oiseaux » de Pierre d’Onquaire et Bernard Paul et de délicieux « Frou frou » de Lucien Delormel et Henri Château. Et même lorsqu’elle se trompe ou oublie un couplet, Dame Felicity conserve naturel, élégance et humour.

Ce programme tisse d’agréables variations autour du disque « Cantare » que les deux complices ont réalisé ensemble chez Naïve en 2009.
Le public ne boude pas son plaisir, en redemande et ne quitte le théâtre qu’à regret, certain d’avoir partagé un grand moment.

Belmonte