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Festival 2026
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La voix dans tous ses éclats !

Soli Deo Gloria !

Cathédrale d'Auch

En apothéose du festival, le dernier concert offrait un magnifique voyage sur un thème d’une haute spiritualité par l’ensemble vocal Sequenza 9.3 et l’organiste Thierry Escaich. Un bonheur incomparable !

C’était pour le moins audacieux de conclure ce festival 2011 par une programmation aussi exigeante, mais après tout c’est le rôle d’un festival de faire entendre des œuvres peu connues, ainsi que de donner une place à la création contemporaine. Les médias, relayés hélas par les institutions culturelles, tombent suffisamment dans la facilité et la paresse intellectuelle pour que des directeurs artistiques de festivals proposent des chemins de découverte. Notre immense répertoire de près de 1 500 ans de musique ne doit pas nous faire oublier qu’une création est toujours possible. Et d’ailleurs, jusqu’à l’avènement des grands orchestres symphoniques au XIXe siècle, puis celui de l’enregistrement dans le 2e tiers du siècle dernier, on entendait essentiellement de la musique contemporaine ! Et l’on vient au concert pour écouter de la musique vivante, pas forcément pour entendre ce que l’on a dans sa discothèque et comparer…

Si l’ensemble Sequenza 9.3, créé en 1998 par Catherine Simonpietri qui le dirige, excelle dans le répertoire contemporain, il se penche avec précision sur la musique déjà historique du XXe siècle, issue de courants multiples aux esthétiques variées, souvent contradictoires et parfois éphémères. Son fonds de répertoire se base sur la politique de création des ensembles vocaux contemporains depuis les années 50, qu’ils fussent de l’ORTF, Marcel Couraud ou le Groupe Vocal de France, qui faisaient œuvre de défricheurs et de pionniers. Sequenza 9.3 s’est donné la mission de redécouvrir, remettre à l’honneur et enregistrer ces œuvres. C’est ainsi qu’après avoir rendu hommage au groupe « Jeune France », l’ensemble a exhumé en 2010 l’œuvre étonnante, oubliée, mais superbe de Julien Durosoir, « Le Balcon » en un disque magistral (Alpha).

Une musique d’aujourd’hui

L’ensemble travaille très régulièrement avec des compositeurs vivants, approfondissant leur langage et s’appropriant leur esthétique afin que leurs créations n’en restent pas à une exécution unique. C’est tout naturellement que Sequenza 9.3 porte un intérêt particulier à des musiciens à la fois organistes, improvisateurs, compositeurs et pédagogues dans la grande tradition artisanale de Jean Sebastien Bach et ses prédécesseurs. Leur maîtrise de cet instrument complexe aux possibilités infinies leur permet une écriture vocale d’une richesse aussi large, utilisant l’improvisation ainsi qu’une grande sensibilité contrapunctique, harmonique, rythmique et timbrique.

Ce programme « Bach + 5 » donné avec l’organiste et compositeur Thierry Escaich entre donc dans une continuité musicale parfaitement logique avec la démarche artistique de l’ensemble. Cinq compositeurs d’aujourd’hui, qui occupent les mêmes fonctions, ont été invités à rendre hommage au génie universel de JS Bach, en tant que compositeur, organiste et pédagogue. Ils ont composé chacun une pièce pour ensemble soliste à 12 voix a cappella à partir du cantus firmus du choral « Nur Komm der Heiden Heiland » (Viens maintenant sauveur des païens), en conservant la langue allemande.
On connaît l’importance du choral dans la liturgie luthérienne, qui donne un corpus connu de tous les fidèles depuis son établissement par Martin Luther, qui s’inspirait parfois de la poésie liturgique grégorienne. C’est justement le cas de ce choral provenant d’une hymne ambrosienne, composée à Milan au XIIe siècle, pour illustrer l’adoration et l’imploration dans l’attente du Rédempteur.

Le concert spirituel commençait donc par cet antique choral pour voix d’hommes, immédiatement relayé par Thierry Escaich à la tribune du grand orgue Jean de Joyeuse, dans sa version la plus célèbre, la pièce en trois volets (choral orné, commentaire en trio et fugue) BWV 659 que Sebastien composa en 1708. En 1714 à Weimar, il basera sa cantate pour le premier dimanche de l’Avent BWV 61 sur ce même choral.

Riches Variations sur « Nur Komm der Heiden Heiland »

D’une écriture complexe avec de grands écarts de modulations et de tessitures, le Magnificat allemand d’Eric Lebrun puise dans cette inépuisable veine luthérienne.

Entre chaque pièce contemporaine, Thierry Escaich proposait une improvisation, discipline dont il est un maître absolu. La première était à la fois ample, souple et dense sur les jeux en hauteur du récit, tandis que la seconde sur les pleins jeux donnait toute la mesure du bel instrument auscitain.

« Leidigkeit » de Pierre-Adrien Charpy commence sur des chuchotements avant de se développer par de longues notes tenues sur le souffle.
Pour faire bonne mesure entre les œuvres de JS Bach et celles qu’il a inspirées, Thierry Escaich interprète de façon magistrale la grande « Passacaille et fugue » en do mineur BWV 582. C’est toujours un grand bonheur d’entendre ce monument par lequel Bach se souvient de la « Passacaille » et des deux « Chaconnes » de Buxtehude, qu’il copia dans sa jeunesse. Cette vaste architecture rejoint la conception médiévale de la musique conçue comme reflet de perfection de la Création. Pour ma part, je n’oublierai jamais une première audition dans la collégiale d’Arbois, où l’orgue historique sonnait sous les doigts de Michel Chapuis…
S’agissant d’un échange permanent entre les variations modernes et le choral de Bach, il fallait bien que le chœur y revienne. Catherine Simonpietri traite superbement ce choral à la façon d’un motet à trois chœurs de quatre voix.
À la différence de celui de sa « Messe solennelle » en français de 1994, le « Sanctus » de Thierry Escaich, composé en 2007 pour Sequenza 9.3, présente une écriture virtuose pour chœur à partir d’un long ostinato sur les mots « Sanctus Dominus ».

Enfin, « Licht in der Nacht » de Vincent Paulet dérive de la polyphonie bachienne en sifflements sur une basse obstinée avec un retour permanent au souffle premier.

Porté de bout en bout par cette construction exigeante, le public n’a pas ménagé son enthousiasme. Comme quoi le recours à la facilité n’est jamais qu’une solution illusoire et faussement rassurante. Ce concert clôturait d’une façon fort inspirée ce 14e festival Éclats de Voix !

Belmonte