Puisqu’ils y viennent fidèlement tous les deux ans, Auch fait désormais partie des villes étapes habituelles du célèbre ensemble anglais, parmi les quelques deux cents concerts qu’ils donnent chaque année de par le monde. C’est une belle histoire d’amitié entre les six chantres, le festival et le public qui ne s’y trompe pas. Avec des programmes variés à chaque fois différents, David, Timothy, Paul, Philip, Christopher et Jonathan se sentent chez eux, aussi à l’aise dans la cathédrale qu’au théâtre. C’est tout naturellement et avec un humour discret, qui leur est consubstantiel, qu’ils ouvraient le premier week-end consacré aux jeunes voix.
Paradoxe pour un ensemble quadragénaire plébiscité dans le monde entier, mais il se renouvelle en partie et ces virtuoses du chant a cappella à un par partie n’ont jamais oublié qu’ils furent élèves du vénérable King’s College de Cambridge où est née leur vocation de chanteurs. La fraîcheur et la douceur de leurs voix, qui sont un peu leur marque de fabrique, leur donnent par ailleurs un air juvénile perpétuel.
Construit avec toujours autant de sérieux, le programme proposait une première partie sacrée articulée autour des versets du Pater Noster, qui est l’essence même de la prière chrétienne.
Un parcours spirituel
Dès les premières notes sur un Holy is the true light de William Harris, en mode plain chant malgré sa composition au XXe siècle, ils installent une atmosphère très spirituelle. Selon les versets, ils jouent à merveille des variations géographiques et d’époques entre les différentes traditions spirituelles. Pour « Que ton règne arrive, que ta volonté soit faite sur terre comme au ciel », ils explorent le terrible XVIIe siècle européen où le Vater Unser d’Heinrich Schütz répond au Haec Dies de William Byrd en regard d’un Cantate Domino de Hans Leo Hassler, maître du Sagittarius, qui fut l’un des premiers organistes et compositeurs allemands à faire le voyage d’Italie entre la Renaissance et l’ère baroque.
Le répertoire se fait naturellement contemporain pour « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ». Le superbe Notre Père de Duruflé en voix hautes répond à deux traductions musicales du psaume 144 Oculi omnium in te sperant Domine « Les yeux de tous espèrent en toi Seigneur et tu leur donnes la nourriture en temps opportuns… » par Charles Wood et Bob Chilcot, des compositeurs britanniques du XXe siècle. La séquence du pardon enjambe les siècles entre le très prenant The Lord’s prayer de John Tavener, composé à la fin de la seconde guerre mondiale et le bouleversant Remember not, Lord, our offences de Henry Purcell.
Pour la tentation et la délivrance, The Lord’s prayer de Bernstein résonne comme une vaste incantation universelle, tandis que le Pater Noster de Stravinsky renvoie à un Ad te Levavi d’Orlando de Lassus avant de revenir logiquement au Pater Noster en plain chant du début et de conclure sur un Amen apaisant d’Orlando Gibbons. La cohérence de ce programme n’a rien à envier à la perfection vocale des King’s Singers.
Plus légère, la seconde partie faite de folksongs et de spirituals n’est pas moins virtuose. C’est avec malice qu’ils entonnent en terre d’ovalie Swing low sweet chariot, comme on ne l’entend jamais dans les tribunes, ce gospel qui est devenu l’hymne du XV de la Rose. Et ils poursuivent la tradition avec un suave Greensleeves attribué au roi Henri VIII. Paul Simon n’est pas oublié, mais ils ne sauraient quitter la scène sans interpréter quelques titres de l’autre monument national que sont les Beatles. Le public se pâme d’aise à l’écoute d’une version a cappella de Penny lane, suivie d’Eleanor Rigby. Il sera encore gratifié d’un traditionnel irlandais Danny Boyle.
La longue ovation debout qui a conclu le concert ne laisse aucun doute sur le bonheur du public, qui ne voulait plus les laisser partir. Les échanges se sont prolongés sous le porche de la cathédrale et ils ont même entonné un « Joyeux anniversaire » pour un couple d’auditeurs aux anges.
Belmonte










