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La voix dans tous ses éclats !

Les dignes héritiers de la Sardine marseillaise

Théâtre d'Auch

La fantaisie loufoque du duo des Bonimenteurs a enchanté le public du festival en une récréation théâtrale hilarante qui fera date.

Cela fait dix ans que les deux compères marseillais, Jean-Marc Michelangeli et Didier Landucci arpentent les scènes de France et de Navarre avec ce spectacle atypique et inclassable, qui tient à la fois de la comedia del’arte, du théâtre et du duo de clowns. Car il y a quelque chose de l’Auguste et du clown blanc selon un rapport de dominant-dominé ou de bourreau-victime dans le duo formé par Ducci et Marco. Mais le vainqueur, s’il doit y en avoir un, n’est pas toujours celui que l’on croirait.

À peine entrés à l’américaine par la salle, ils interpellent le public qu’ils trouvent « moite » et s’empressent de doubler leur entrée pour une salle ainsi chauffée. Ils nous promettent « The Spectacle » en expliquant que les comédiens s’aventurent peu dans l’improvisation car c’est un terrain glissant. Force est de constater que ces deux-là, qui savent « insuffler le verbe créateur », sont des champions toutes catégories de la glisse sur toute surface et retombent magistralement sur leurs pieds avec une arme redoutable, les mots.

Les rapports du duo tissent la trame du spectacle, mais ils jouent le jeu la difficulté en demandant aux spectateurs de leur donner des thèmes. En fait, à l’entrée, chacun est invité à écrire un ou plusieurs thèmes déposés dans un seau à champagne, qui devient l’accessoire essentiel de la performance. Et l’on peut dire que le public était en forme ce soir-là, imaginant des thèmes aussi improbables et loufoques que les deux protagonistes. Ils ne se privent d’ailleurs pas de lazzis, ni d’adresses aux sadiques, qui les poussent à inventer des histoires aussi tordues.

Un univers fantaisiste bénéfique

Ça commence très fort sur l’illustration de l’expression « Faire boire un âne qui n’a pas soif » et nous voici embarqués dans le massacre d’un cheptel royal par un garçon de ferme pour le moins obtus… Ils augmentent la difficulté en demandant au public des mots à placer obligatoirement dans les thèmes tirés au sort. Le résultat est irrésistible de drôlerie et les duettistes ont parfois du mal à rester concentrés tant ils s’esclaffent eux-mêmes. Si l’on goûte une richesse sémantique variée de la part du public, on constate que le Sud est vaste avec des termes forts différents entre l’Est et l’Ouest. L’interprétation de notre « adishats » fut un grand moment !

Totalement complice, le public participe malicieusement à ce vaste délire entre deux éclats de rire. Ils ne se privent pas de choisir dans la salle une arbitre candide pour tirer innocemment les thèmes et interrompre la prestation en figeant le mouvement, ce qui les oblige à repartir de la même position. C’est ainsi que cloué au pilori, DSK aura toutes les peines du monde à sortir de cette situation délicate… Ce sera la seule allusion à une actualité foisonnante, qui n’avait guère inspiré la fantaisie créatrice du public. L’évasion n’en était que plus divertissante pour une grande heure de fou rire salutaire.

Ça fuse dans tous les sens avec esprit et selon un rythme effréné dans les situations les plus improbables. On passe d’un dialogue surréaliste d’une paire de bretelles pendues sur un cactus dans le désert au feuilleton haletant et terrifiant « À Aubagne, on n’est pas au bagne » pour finir en apothéose avec la rencontre de D’Artagnan et Dark Vador dans un jacuzzi. Si la rapière du chevalier de Batz est réduite à un stylet par le sabre laser de l’ange noir de l’univers, devinez qui est le père de l’autre…

Loin des prestations d’humoristes, qui remplissent les caisses du box-office, ce spectacle né à Avignon, n’aura sans doute jamais les honneurs de la télévision, mais différent tous les soirs, il fait le bonheur des salles de théâtre et c’est aussi bien. D’ailleurs, dans quelques jours, Didier Landucci sera de nouveau en Avignon pour inaugurer un nouveau seul en scène. Ne vous en privez surtout pas si vous passez par là !

Belmonte.