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La voix dans tous ses éclats !

André Minvielle, Lionel Suarez, un tandem à la langue tonique

Théâtre d'Auch

Le public du théâtre a largement apprécié la prestation d’André Minvielle et Lionel Suarez, dérivée de leur premier disque ensemble, qui vient de paraître.

André MINVIELLE et Lionel SUAREZ
Caroline Pottier - LeBarFloreal

Il faut dire qu’André Minvielle n’est pas tout à fait un nouveau-né sur les planches. Sacré artiste vocal jazz de l’année en 2008, il est considéré comme un phénomène de la scène musicale, à la fois batteur, scatteur, rappeur, slameur, rime-ailleurs et surtout un poète du rythme, qui joue avec une maestria peu commune des mots et des sons, selon une réjouissante inventivité. Sa rencontre avec l’accordéoniste Lionel Suarez ne peut être qu’explosive, avec toute la saveur d’un accent du Sud-Ouest défendu passionnément.
Privé des soirées de vendredi et samedi pour raisons familiales, votre chroniqueur préféré a eu recours à des auditeurs attentifs pour relater ces moments privilégiés des OVNIS d’Éclats de Voix.
Jean-Claude a donc particulièrement apprécié cette ambiance à la fois poétique et musicale, faite de chansons, de notes tous azimuts et jeu permanent avec les sons : « C’est un tourbillon incessant de mots, de sonorités, d’allitérations, d’onomatopées, de rapprochements parfois improbables, qui se terminent bien car le poète, à la fois jongleur et équilibriste des mots retombe toujours sur ses pieds ». À l’aide de percussions, de galets, d’objets minéraux, mais aussi de sacs froissés, la voix utilisée dans tous ses registres est poussée dans ses retranchements. Dans un héritage pleinement assumé des manières de Claude Nougaro et Bernard Lubat, qui furent les compagnons et les maîtres d’André Minvielle, les mots et les sons se bousculent, s’entrechoquent et se répondent dans un torrent d’idée et de rêves.

Sous le charme du vocal chimiste

Sensible à cette fulgurance de rêves, Jean-Claude goûte particulièrement ce jaillissement onirique et poétique, qui donne une sorte d’espéranto fortement marqué par le sud dans le rythme et le phrasé. Les paroles révèlent parfois un double sens social et politique où des pistes sont lancées, appelant des références multiples. Claude Nougaro est toujours en embuscade, mais l’on retrouve des références multiples, croisant aussi Léo Ferré, Rimbaud, Verlaine ou Gilles Deleuze dans un environnement naturel peuplé de chants d’oiseaux où l’on entend le vent, ainsi que l’écoulement des sources.
Le terroir est présent dans tous ses aspects, de façon toujours ludique. Le béret gascon, né à Naye, est comparé à celui de Che Guevara, mais l’on fait également des rencontres imprévues comme Greta Garbo ou Bernadette Soubirous… « Il y a beaucoup d’espièglerie dans cette tchatche bondissante où le poète, sorte de troubadour des temps modernes, ne se prend jamais au sérieux », note notre témoin. S’il utilise les techniques les plus modernes en enregistrant sa voix qu’il diffuse en ostinato pour chanter par-dessus, il demeure traditionnel, faisant du moindre objet un instrument. Avec malice, il détourne en une sorte de slam l’adage socratique du « Kalos kagatos » (Connais toi toi-même) en « Con naît toi-même » dans une langue choc et colorée.
« Cet esprit virevoltant est tout à fait réjouissant et l’accord semble parfait entre l’homme de parole et le musicien. Tout est très travaillé, mais ils délivrent leurs textes et mélodies selon une facilité apparente, à la façon du Sud-Ouest où tout semble simple et naturel. Il vaut mieux jouer le jeu en acceptant de laisser la rationalité de côté et de partir à l’aventure avec eux », souligne encore notre témoin, qui estime ce genre de musique très fédérateur. « Tout le monde peut y trouver ce qu’il y cherche », conclut-il en qualifiant la soirée d’excellente. C’est d’ailleurs le sentiment qui dominait à la sortie où les mines réjouies étaient plus nombreuses que les regards agacés.

Belmonte